Same shit different day
Je bosse à la maintenance, mon boulot consiste essentiellement à collecter les déchets. Quand je ne suis pas chargé des poubelles, je répare, je transporte, je fume des clopes. Mona, elle, est au nettoyage.
Douze heures par jour, sept jours par semaine on se tue à la tâche. C’est pas bandant, la routine nous tue. C’est six mois de notre jeunesse que nous sacrifions ici. Mais pour treize dollars de l’heure, la vraie vie devra attendre la fin de notre contrat. La vraie vie, celle où nous voyagerons de nouveau, c’est pour elle qu’on est ici. On l’imagine un instant, chaque soir, entre la besogne et le sommeille.
Il y a deux heures d’avion et une heure de bus avant d’arriver aux mines. Nous arrivons littéralement au milieu de nulle part, entourés par un décor de farwest.
Le thermomètre grimpe jusqu’à 52°, et le soleil t’éblouit même si tu lui tourne le dos. Les fréquents cyclones retournent tout sur leur passage, s’élevant en immense colonne de poussière rouge. Tu apprends à parler sans trop ouvrir la bouche pour éviter d’avaler les milliards de mouches qui te tournent autour, et à te méfier des serpents, des lézards de deux mètres de long et des araignées larges comme un poing.
Nous sommes au coeur de l’Australie occidentale, mais je doute que nous ayons choisi le meilleur endroit pour nous imprégner de la culture nationale… et quand bien même, "culture" c’est vite dit pour un pays qui a tout juste plus de 200 ans. L’héritage aborigène, je l’ai croisé dans un musée. Certaines communautés vivent toujours de façon traditionnelle, perdues dans le bush, loin de ces colons qui parlent d’eux comme d’une maladie orpheline à la télé, et d’une manière que je ne transcrirais pas au comptoir.
Dans les régions minières, ce sont surtout les "bogans" qui revendiquent l’australianitude.
Il est gaulé comme une armoire à glace gavée au stéroïdes, arbore une coupe mullet. Il a divorcé trois ou quatre fois avant de rencontrer sa copine actuelle, une thaïlandaise, majeure ou presque, qu’il a rencontré pendant ses vacances la fois où il n’est pas allé à Bali. Il a des gosses, mais ne les voit jamais. Il descend du bourbon hors de prix comme une façon d’affirmer sa masculinité au quotidien. Dans son pick-up de luxe aux suspensions rabaissées, les enceintes crachent infatigablement le même AC/DC. Il regarde ses tatouages danser sur ses faux muscles, il se sent mâle, il se sent bien.
Il est de ces rencontres intéressantes.
